">

L'ARTISTE

 

FranCois DUFRENE

 
Né en 1930 à Paris.
Décédé en 1982
 
L'oeuvre

 

 

 

Fleur à gaz. 1965

Dessous d’affiches marouflées sur toile
89 x 130cm
Achat en 1988 à Ginette Dufrêne. Paris

Notice

Poète et membre du mouvement lettriste fondé par Isidore Isou, François Dufrêne fonde son propre mouvement l’ultra-lettrisme en 1953. Une trouvaille faite en compagnie de ses amis affichistes Raymond Hains et Jacques De La Villeglé va déterminer son intérêt pour les dessous et les envers d’affiches, choisissant de travailler alors à partir du motif inversé, en tant qu’inversion de ce qui est intelligible. Fleur à gaz est une affiche où l’on devine le mot GAZ ; la matière du dessous de l’affiche, composée de la colle et des fragments partiels d’affiches précédentes reste un élément dominant de l’œuvre, lui conférant un caractère abstrait et informel. Le titre constitue une indication anecdotique, les lettres, de taille conséquente, ayant pour fonction d’organiser la surface (F.D.). Il vient aussi rappeler l’activité de poète de François Dufrêne. « Évoquant ses œuvres et la double altération objectives des mots sur les affiches, leur décalcomanie partielle et leur ordre inversé, l’artiste soulignait de très subjectives irraisons d’esthétiques : ce ne sont plus alors que des signes désignifiés, vidés de sang intellectuel, pures tâches d’impublicité, récupération du vil plomb politique et sa transmutation en POÉTIQUE or. (F.D.) » (B. Chavanne in catalogue Collection fin XXe, édition FRAC Poitou-Charentes, 1995)

 

Références, filiation…

In, GROUPES, MOUVEMENTS, TENDANCES DE L’ART CONTEMPORAIN DEPUIS 1945, ouvrage collectif, éd ensba, 2 ème éd 1990

Le lettrisme, France, 1946

Isidore Isou est le fondateur avec Gabriel Pommerand et le défenseur de la théorie et de la pratique de la systématique de la lettre dans tous les domaines de l’esthétique.

La lettre est l’élément fondamental de toute création visuelle ou sonore, plastique, architecturale, gestuelle. Revues (UR,, ION, …), expositions, débats, manifestations se succèdent et plus d’une centaine de personnes ont participé au mouvement lettriste.

« La poésie devient musique (…) art complet (…) peut commencer une véritable construction primitive (…) nous réussirons à réaliser le vieux rêve de toute poésie. Que la poésie devienne transmissible n’importe où et qu’elle surpasse toute nation et toute limite arbitraire imposée malgré elle par les hommes. La poésie lettriste, la première vraie internationale. «    Isidore Isou

Le lettrisme n’est pas un mouvement littéraire ou artistique, c’est un mouvement utopique de libération de l’individu par la généralisation de la créativité dans tous les domaines. Isou annonce la fin de la fragmentation et de la spécialisation par une transformation globale de l’activité humaine, possible seulement si l’on transforme l’économie, la sexualité, la politique, les arts, la médecine…

Déclaration d’Isidore Isou : « Les lettres de derrière les mots offraient les cris et les onomatopées primaires. Les mots d’avant nos mots devenaient les mécaniques (les données communes) d’un art neuf ; les signes de derrière nos signes nous dévoilaient la formation hiéroglyphique de notre écriture et se transformaient en métagraphique. »

Affichiste  :

De dessinateur publicitaire spécialisé dans la création d’affiches, portées par certains au rang d’œuvres d’art – Chéret, Mucha, Cappielo… au XIX ème siècle -, ce terme s’applique à certains artistes du Nouveau Réalisme des années 60, qui récupéraient des affiches au message dénaturé par les intempéries, les collages anarchiques et les lacérations des vandales, trouvant le matériau d’une nouvelle poétique au répertoire infini, celui d’une archéologie urbaine moderne. Il ne s’agit pas de la mise en question de l’œuvre d’art au sens du ready-made de Duchamp, mais bien une mise en question de l’artiste traditionnel et professionnel.

Affiche lacérée :

remise en question du savoir-faire de l’art ; illisibilité (du slogan) et détournement donc création d’un autre discours, d’une autre narration

Attitude  :

Peindre ce n'est plus étaler de la couleur, mais descendre dans la rue. C'est voler "la peau des murs ", arracher les formes, les couleurs, les messages tronqués et les télescopages des sens, et les livrer à la lecture du spectateur. L'artiste devient le révélateur du message anonyme de l'affiche lacérée. Il s'intéresse aux signes socio politiques que la rue lui livre, et dont il va organiser l'alphabet

 

Pistes de réflexion

  • Couches / strates
  • Collage / décollage
  • Envers / endroit
  • Formel / informel (les lettres du mot gaz / la matière des affiches)
  • Le significatif et l’insignifiant.
  • Inversion
  • Palimpseste / mémoire / traces / altération

Lien avec d’autres œuvres…

  • Rodney GRAHAM et Daniel SCHLIER : le retournement, l’inversion
  • Sarah HOLT : L’aléa, et tout ce qui échappe à l’auteur
fiche réalisée par le service médiation du FRAC Poitou-Charentes" et le chargé de mission DAAC (Délégation Académique à l'Education Artistique et Culturelle)