L'ARTISTE

John HILLIARD

 

Né en 1945 à Lancaster (Angleterre)
Vit et travaille à Londres

 
    L'oeuvre

 

 

 

 

Reflection , 1983

diptyque, cybachrome sur toile,
160 x 100 cm chaque

Notice

Tous les éléments de l’activité photographique : mise au point (flou et netteté), cadrage, vitesse d’obturation, lumière, séquençage et même étalonnage de la couleur fondent la nature critique du travail de John Hilliard. En juxtaposant deux prises de vue d’un même sujet, en jouant sur la mise au point et la vitesse d’obturation, l’artiste obtient deux séquences d’une même image évoquant le mouvement, que recrée la juxtaposition de deux temps qui diffèrent. Le choix du sujet n’est pas anodin, sur une tapisserie à motif, il s’agit d’une reproduction encadrée d’un tableau classique : une peinture de Georges de la Tour, qui lui-même construisait l’espace de sa peinture à partir de la lumière diffusée par une bougie venant éclairer la scène et les personnages. Le titre redouble l’idée du travail, le mot reflection en anglais, comme en français, traduit à la fois le phénomène physique, l’idée de reflet, de miroir quand il s’applique à l’image, ainsi que la capacité intellectuel qui consiste à combiner, relier et examiner des idées.

Propos de critique,

Un des premiers paramètres du travail photographique à être examiné, c’est la mise au point. Dans un champ donné, toutes choses égales par ailleurs, il est possible de choisir par le jeu de la mise au point une infinité de représentations (nettes) pour lesquelles le reste devient secondaire (flou). Imaginez maintenant une profondeur de champ minimale (ouverture maximale), une caméra fixe devant une surface quelconque. On dispose alors de trois « plans «  correspondant à trois distances focales (premier plan, plan intermédiaire, arrière plan). Si cette surface est de l’eau ou du verre, si elle a donc la propriété de refléter l’extérieur et de laisser voir à travers elle, c’est tout un monde secret qui naît par le simple jeu de focale. […]Ces œuvres sont des assemblages d plusieurs prises (montage de deux négatifs dans un même cadre, ou suite : diptyque ou triptyque). La photographie cesse alors d’être prise et objet unique, elle devient montage, séquence de variables. Tous les éléments de l’activité photographique peuvent ainsi faire l’objet d’un tel travail critique : mise au point, cadrage, vitesse, lumière et même étalonnage de la couleur.

In Art Press, n°79, mars 1984, article de Catherine Derioz et Jacques Damez

Pistes de réflexion

  • Langage photographique : mode de production de l’image photographique, la mise au point, choix des plans (netteté/flou, fond/forme)…

  • Résentation en diptyque présente la démarche de l’artiste : rendre l’idée de mouvement à travers la photographie par la juxtaposition de 2 prises de vue, figuration du temps.
  • Représentation d’un tableau dans la photographie : Georges de La Tour, La Madeleine repentante, v. 1640, huile sur toile, H. 1,130 m x L. 0,927 m, Washington, National Gallery.

    Une femme est assise à une table. Elle a appuyé sa tête sur sa main droite et de la gauche elle semble caresser un crâne. Devant elle se trouve un miroir dans lequel se reflète le crâne. La femme le regarde, comme plongée dans ses pensées. La scène est noyée d’obscurité, elle est seulement éclairée par une chandelle placée derrière le crâne. Ce tableau de Georges de la Tour fait partie de la série des Madeleine repentante, dont il est peut-être le plus connu. Le message qu’il exprime est simple, c’est un Memento mori ("rappelle-toi que tu vas mourir"), d’ailleurs, on y retrouve quelques éléments des natures-mortes, aussi appelées Vanités : le miroir, le crâne, la chandelle. Ils sont tous les symboles de la fragilité de la jeunesse, de la beauté et de la vie en général et s’adaptent parfaitement au thème de Marie-Madeleine repentante.

     

fiche réalisée par le service médiation du FRAC Poitou-Charentes" et le chargé de mission DAAC (Délégation Académique à l'Education Artistique et Culturelle)