L'ARTISTE   L'oeuvre

Bernard VOITA

Né en 1960, à Cully en Belgique
vit et travaille à Bruxelles

 

Sans titre, 2000

photographie N&B, tirage baryté, 107 x 125 cm édition de 5 exemplaires

Notice

Composition qui peut sembler abstraite lors de sa perception première, la photographie de Bernard Voïta se donne dans un second temps à explorer, à parcourir du regard et à (re)construire mentalement. Jouant sur l’illusion et la construction perspectiviste, du flou au détail précis, sur les rapports d’échelle et le cadrage, cette image ne résulte pas d’une prise de vue qui serait un constat de la réalité ou l’enregistrement d’une vision subjective du réel. Elle résulte d’un scénario savamment orchestré qui consiste pour l’artiste à fabriquer artificiellement dans un premier temps ce que l’image contient et donne à voir en tant qu’objets mis en relation dans un espace construit, à partir d’un point de vue unique et défini par l’artiste. L’image ainsi obtenue est une représentation de cette mise en scène, elle propose une fiction (objet ? paysage ? architecture ?) qui, bien que jouant sur l’illusion, laisse toujours transparaître à travers des indices le processus dont elle est issue. En parcourant cette photographie, le regard à la dérive finit par repérer un morceau de papier sur lequel le temps de pose est annoté, indice qui, une fois identifié, renvoie directement à la fabrication de l’image ; en renseignant sur l’échelle, il permet l’identification des objets qui ont servi à la construction de l’illusion : l’architecture moderne est un escabeau, la machine à écrire une caisse à outil, et vice-versa.

Repères biographiques

L’artiste interroge la représentation que l’on se fait de l’espace. Dans ses «photo-sculptures» il se joue des perspectives derrière une disposition savamment organisée d’objets en tous genres trouvés pêle-mêle dans son atelier tels que des lampes, du matériel photographique, des toiles, des ustensiles...

  • 1- Dans ses premières œuvres datant de 1987, l’espace est saturé, il travaille le flou jusque dans le titre (Untitled). Pour Voïta, l’espace photographique est une illusion d’espace, un trompe-l’œil comme le démontre sa composition Antichambre (1987) dans laquelle l’image concentre tous ses efforts à faire obstacle. Le spectateur doit retrouver un ordre, redonner une échelle aux objets photographiés en vue de dépasser la fascinante mise en scène de l’image et retrouver de cette façon leur réelle dimension. Voïta vise ainsi à rendre perceptible la dimension invisible (les lignes de fuites, les profondeurs de champ) de l’espace visible, donner à voir la tridimensionnalité derrière la bidimensionnalité imposée par la photo.
  • 2- Dans une nouvelle série de photos (1990), il crible l’espace de boules blanches ou noires afin de le quadriller. Toutes les boules paraissent se trouver sur le même plan : celles qui sont placées «plus loin» (et donc de dimension plus grande) semblent être au même niveau que celles se trouvant plus près. Le spectateur ainsi désorienté par cet «à-plat» doit fonctionner par déduction, observer attentivement ces boules afin de reconstituer un premier plan et ainsi mieux maîtriser l’espace. C’est ici la lisibilité de l’œuvre qui est remise en question pour laisser place à un autre mode de perception fait de suppositions, de «construction» de l’esprit.
  • 3- En 1994, il photographie des enchevêtrements de mobilier perçus comme simulacres d’architecture minimaliste, moderniste. Ses créations s’apparentent à des villes désertes, des natures mortes sans personnages et là encore il fait appel aux illusions d’optique.

Pistes de réflexion

  • Construction d’un espace fictif ; brouillage de la vision mais / et lisibilité de l’image maintenue . L’image est abordée comme un obstacle (pas de ligne d’horizon), comme un labyrinthe pour le regard.
  • Evocation de maquettes d’architecture ou de zones urbaines bricolées
  • Notions de construction, de composition.
  • Image de l’espace et espace de l’image.
  • Ordre et désordre.
  • Plans (étagement dans la hauteur et la profondeur) par le jeu du net / flou.

Lien avec d’autres œuvres…

  • Joachim MOGARRA : précarité et modestie du sujet de la photographie / mise en scène.
  • Patrick TOSANI : dissolution de la forme
  • Delphine COINDET : réduction du signe à ses caractères dominants.
  • Mais aussi, les photographes contemporains qui ont recours au modèle réduit, à la maquette :
  • Thomas DEMAND, Olivier BOBERG, James CASEBERE, Edwin ZWAKMAN.

(cf article de Art press n°264 « images du soupçon : photographies de maquettes » / Janvier 2001)

fiche réalisée par le service médiation du FRAC Poitou-Charentes" et le chargé de mission DAAC (Délégation Académique à l'Education Artistique et Culturelle)